Demandeur d’emploi Jour J + 150

Petit rappel historique sur l’avenir

Non, je n’ai pas tiré les cartes, ni consulté le marc de café, ni pratiqué de sorcellerie divinatoire. Ni fumé d’herbe folle. Je veux vous faire un modeste topo sur le futur qui tire sa quintessence de mon observation du passé. Raisonnons.

Sommes-nous prêts à changer notre système économique reposant sur l’offre, la demande, la compétitivité, l’exigence de confort, la concurrence et l’économie de marché ? Non. Quelques volontaires pour vivre dans un système dictatorial, soviétique, anarchiste ou monarchique ? Admettons que certains d’entre vous le souhaitent mais vous êtes en minorité.

Alors, rejoignez-moi pour créer le M.D.I., le Mouvement Des Idéalistes mais nous n’avons également que très peu de chances d’accéder au pouvoir. Par conséquent, je vous prédis que, dans 5 ans, je serai dans la même situation que celle dans laquelle j’ai été il y a quelques semaines et avant cela il y a quelques années.

Pourquoi ? Parce que nous serons encore dans une situation d’emploi tendue et précaire. « Et ça continue encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord ». Ce « début » : on n’en voit pas la fin.

Demandeur d’emploi : chaque jour est une expérience à part.

L’histoire est un éternel recommencement, non ? Je suis persuadé que certains scribes ou rédacteurs de papyrus dans l’Antiquité Égyptienne se sont retrouvés un jour sans emploi, victimes d’un pharaon teigneux, d’une censure, d’une fatwa… Ont-ils rédigé leurs humeurs passagères ?

Dans 5 ans, je pourrai reprendre beaucoup des lignes que j’ai écrites dans ce blog sans en retirer le noyau. Mes 5 années de plus au compteur me procureront probablement d’autres difficultés à retrouver un travail, me donneront d’autres espoirs à conquérir et me feront expérimenter d’autres tranches de vie que je me ferai un immense plaisir de retranscrire sous la forme d’un blog.

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Alors merci pour votre considération et pour votre bienveillance à mon égard, j’ai pour vous le plus immense respect. Je vais créer un autre blog la semaine prochaine qui abordera d’autres sujets. À bientôt.

Demandeur d’emploi Jour J + 149

I’m back ! Je remonte à la surface après avoir été totalement immergé dans le marigot de la recherche d’emploi, juste visible par les membres du Pôle Emploi. J’ai un e-mail professionnel qui inclut le nom de l’entreprise qui m’a recruté, au cas où on ne me croirait pas.

Je vais avoir des cartes de visite : alléluia ! J’ai un emploi du temps officiel qui va du lundi matin au vendredi soir ; mieux, je ne vais pas tarder à ressentir la boule qui se forme dans l’estomac le dimanche soir dans la perspective du lundi. I’m back !

Je suis actif, j’ai une existence sociale reposant sur le fait que je peux dire à qui veut l’entendre l’intitulé de mon poste, le nom de l’entreprise qui m’a embauché et le lieu précis géographique dans lequel je me rends tous les jours, sauf lorsque que je suis en clientèle. Ça fait chic de dire « en clientèle », ne trouvez-vous pas ? Moi : je trouve.

J’ai même des tickets resto, conquête ultime de l’hominus travaillus à l’exception notoire des golden parachutes, des stocks options, des RTT, des PEE ou d’une retraite chapeau. Ah oui, mais là, en revanche, je n’ai rien de tout cela…

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Demandeur d’emploi Jour J + 148

Lorsque j’écoute mes enfants parler de leur avenir et du métier qu’ils voudraient exercer, je reconnais certains voeux que je pouvais formuler lorsque j’avais leur âge : pilote d’avion, vétérinaire, pompier, médecin, inventeur… Ce sont des responsabilités qui ont un sens pour les petits : protéger, guérir, créer, servir.

J’ai toujours eu le sentiment confus que, depuis que je travaille, je n’ai ni contribué à sauver des vies, ni à améliorer le confort matériel de mes semblables et ni à préparer l’avenir grâce des inventions significatives. Comme la majorité d’entre vous cela dit…

Mais il n’empêche que je m’interroge fréquemment sur toute l’agitation que peut susciter l’activité d’une entreprise qui cherche à produire, à livrer à temps, à satisfaire un besoin et à développer un chiffre d’affaires.

Les gens se querellent, se déchirent, se trahissent et se méprisent sous mes yeux : et pour quel type d’urgence ? Pas pour fabriquer des vaccins, stopper les guerres, réconcilier les religions entre elles ou vivre tout simplement mieux. Non : un fax pas parti à temps, un packaging sur lequel on trouve une faute d’orthographe, un rendez-vous manqué…

Peu d’enfants expriment à mon avis l’envie de devenir responsable commercial, chef de produit ou directeur administratif. Et pourtant, j’ai la pénible intuition que notre civilisation si peu idéaliste prépare les jeunes générations à se projeter vers ce type de réflexe qui consiste à prendre très au sérieux des événements qui, regardés à loupe, sont tellement superficiels…

Alors, à quel âge cesse-t-on de rêver de faire le plus beau métier du monde ?

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Demandeur d’emploi Jour J + 147

Mince, mais c’est comment son nom ? La mémoire est d’une sélectivité incompréhensible. Pourquoi retient-on immédiatement l’identité de certaines personnes alors que d’autres personnes restent totalement mystérieuses, même si on les a croisées tous les jours pendant deux semaines au sein de l’entreprise ?

Comment se hiérarchise l’information dans la mémoire ? Et pourquoi le cerveau ne fixe-t-il pas les informations de manière équitable pour les uns et pour les autres ? Est-ce par favoritisme ? Hypothèse : est-ce lorsqu’une tête ne vous revient pas que l’on occulte qui elle est ?

Je serais tenté de vous dire le contraire : il vaut mieux savoir qui on a en face si l’on n’est pas certain que ce sera un allié. Autre hypothèse : cela répond-il à des critères esthétiques ? Le contrôleur de gestion craquant ou la directrice de clientèle à la jolie silhouette sont-ils favorisés vis à vis des autres ? Je n’en suis même pas convaincu.

Cela reste un beau sujet pour les chercheurs : définir avec netteté le trajet de la mémoire, cartographier le stockage des données dans le cerveau et évaluer la capacité instantanée de pouvoir puiser dans notre bibliothèque d’images et de noms. D’ailleurs, j’ai eu ce débat intéressant aujourd’hui avec…, non mais attendez, comment s’appelle-t-il déjà ?

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Demandeur d’emploi Jour J + 146

Ça commence. Ça vient vite je trouve : les non-dits, les escarmouches, le marquage de territoire des anciens qui vous font bien comprendre que vous êtes le « nouveau ».

Que vous soyez un imbécile ou un génie, disons que je me situe au milieu…, les gens ont toujours l’impression, lorsque vous vous installez dans votre mission, que vous allez leur prendre une partie de leurs avantages ou les dépouiller de leurs savoir-faire.

Eh bien non, je n’assisterai pas à cette réunion dont l’ordre du jour me paraissait pourtant indispensable à la réussite d’un projet. Pour quelle raison ? L’organisateur de cette réunion considère que ma présence est indésirable, « puisque mon prédécesseur à mon poste n’assistait jamais à ce type de réunions. » Fermez le ban.

Alors, plusieurs solutions me sont offertes pour résoudre mon souci. Un : m’incliner et obtenir un compte-rendu précis de ce qui aura été dit, débattu et décidé. Deux : insister, soit avec humour, soit avec… insistance mais auquel cas il me faudra accepter le retour de boomerang de mon rival. 

Une troisième option peut consister à chercher un arbitrage auprès d’un supérieur hiérarchique commun pour contraindre la personne qui ne veut pas… à vouloir. Quelle que soit la tactique que j’aurai choisie, le résultat sera probablement médiocre.

En effet, soit je m’efface une fois et de ce fait la prochaine fois que je serai dans cette situation, cette personne aura dans l’esprit que j’ai la réputation de déposer les armes avant la bataille. Soit, « je rentre dans le lard » et j’assume les conséquences ou soit je court-circuite cette personne et je peux être certain de ne pas m’en faire un allié.

Bon ben ça y est. Je me demandais à quel moment on sort des « premiers jours », des balbutiements du début, de cet état de grâce passager dû à la nouveauté : j’ai ma réponse. Dès lors que l’on commence à se créer des ennemis, on peut légitimement considérer que l’on n’est plus dans une phase initiale mais bel et bien dans le monde du travail…

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Demandeur d’emploi Jour J + 145

Lorsque vous entrez dans une entreprise, il existe une catégorie de personnes qui vous prend immédiatement en sympathie, je l’ai expérimenté à de nombreuses reprises. C’est celles que j’appellerai affectueusement « les petites dames ».

Ces petites dames sont souvent des assistantes ou des secrétaires qui ont une vingtaine d’années d’ancienneté, la quarantaine bien affirmée, et qui en ont vu d’autres des petits nouveaux comme moi. Ces femmes sont remarquables de simplicité, de bonté et de bienveillance.

Elles vous prennent tel que vous êtes avec votre maladresse des premiers jours, vous maternent, vous initient aux rites cachés de l’entreprise, vous mettent en garde sur certains comportements rédhibitoires et vous font deux grosses bises amicales le matin lorsque vous arrivez.

Le jour où vous quittez l’entreprise, elles vous font comprendre à quel point cela les chagrine, sans calcul, en toute sincérité et vous font promettre de donner des nouvelles. Pris dans le tourbillon du départ, par pudeur aussi, j’ai le sentiment de ne jamais avoir rendu hommage à ces femmes et dire à quel point elles ont compté pour moi.

Alors merci à vous Mesdames : Éliane, Annie puis Marianne, Frédy, Isabelle, Dominique, Véro, Corinne… et à toutes celles qui m’ont si gentiment accueilli dans mon nouveau poste. 

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Demandeur d’emploi Jour J + 144

Toute organisation repose sur une système : les fourmis, les termites, les végétaux, les microbes et … les êtres humains. Les nerfs aussi : on parle dès lors de « système nerveux ». Parfois, les nerfs sont mis à rude épreuve par les êtres humains. Et vice versa ?

L’anarchie n’étant jusqu’à présent qu’un postulat idéaliste, les individus que nous sommes se subordonnent à des systèmes, faute de meilleure idée depuis plusieurs siècles. Et, comme la sagesse populaire ne manque pas de le rappeler très souvent : c’est aux individus de s’adapter au système et pas l’inverse.

Or, en intégrant un nouveau poste, cette adaptation doit se faire Puissance 10, sans chercher au préalable à comprendre toutes les subtilités incohérentes de ce système auquel tout le monde semble adhérer aveuglément. Il faut parfois savoir mettre son sens critique en veilleuse au risque de froisser les beaux esprits qui ont mis en place ce système sur la base d’un mode de pensée empirique et pragmatique.

Alors : pourquoi la photocopieuse couleur est-elle située dans un bureau dont le locataire est régulièrement absent, et dont on ne possède qu’un jeu de clés supplémentaire que personne ne sait localiser avec précision ? Pourquoi ? Parce que les gens y sont habitués, parce que c’est « comme ça » et que cela n’a aucune raison de changer puisque ça fonctionnait « comme ça » avant qu’on ne soit embauché. Ah !

C’est le système. Et il serait perçu comme très maladroit de prétendre bouleverser des habitudes dans les premiers jours – même si l’on avance des arguments logiques – car on court le risque d’être catalogué d’emblée comme « révolutionnaire » ou « contestataire ».

Donc, il me semble plus approprié de substituer le Système D -Débrouille- par un Système A -Adaptation-. Sociologues du Travail, je vous ai mâché le boulot : merci de réviser vos théories sur le sujet…

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Demandeur d’emploi Jour J + 143

Premiers jours et premiers déjeuners avec les nouveaux collègues. Petite appréhension sur ce que je vais pouvoir échanger comme propos avec eux. Ça commence timidement : les enfants, le lieu de résidence, le dernier film au cinéma…

Idéalement, il faudrait que je sois assis à côté de quelqu’un dont la passion immodérée est le badminton car cela accélérerait considérablement le processus de fissuration de la glace qui demeure encore dans la conversation. « Et ton smash de revers, parle-moi de ta prise de raquette et de ta position sous le volant au moment de l’impact ? » Ne rêvons pas…

La discussion rebondit par à coups comme si l’on classait des dossiers les uns après les autres : enfants, c’est OK ; cinoche, c’est checké et ainsi de suite, avec quelques pesants moments de silence au beau milieu de ces banalités.

J’adore les inconnus : surtout ceux que je connais pas et à qui je n’adresse pas la parole.

Tout à coup, un ancien membre de l’entreprise parti il y a 3 mois fait irruption dans le restaurant où nous sommes attablés. Vu l’enthousiasme soulevé par sa présence soudaine, cet homme devait être très populaire et très apprécié de ses collègues : tous se tournent vers lui, le sollicitent, le chambrent gentiment et évoquent spontanément des souvenirs et des noms que j’ignore totalement.

En 1 minute : je n’existe plus. Je suis en marge du groupe qui n’a pas pris la peine de me présenter, je suis recalé : invisible. Finalement : je préférais les discussions oiseuses ! Question : à partir de quel moment est-on un membre à part entière d’une entreprise ? Ça, je ne le sais pas mais en revanche je peux clairement identifier lorsqu’on ne l’est pas…

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Demandeur d’emploi Jour J + 142

Certains rituels dans une entreprise ou certaines habitudes se détectent très vite, qu’ils vous plaisent ou non. Exemples : la bise et le serrage de main. Si l’on accepte de faire la bise à Mademoiselle Héloïse dès les premiers jours dans son nouveau poste alors : on est fichu. Inutile de lutter. On en prend pour 20 ans.

Certes, on veut tout de suite épouser la culture d’entreprise, faire bonne figure et s’incorporer au groupe alors on accepte de faire 4 bises à Mademoiselle Héloïse. Pas la peine, dès lors, d’essayer de revenir sur cet acquis, de négocier deux bises de moins ou carrément de supprimer le claquement interminable des 4 bises matinales.

Toute tentative visant à mettre un terme avec ce rituel sera perçue comme un acte belliqueux et hostile, symptomatique d’un malaise patent. Condamné à embrasser cette fille. Contraint de serrer des mains de collègues masculins pour lesquels on n’a qu’une estime limitée voire nulle.

Certains « mecs » y tiennent beaucoup : serrer la main est une forme d’expression de leur virilité, de leur sociabilité et de leur rapport civilisé aux autres mâles. Mouais.

Serrer la louche moite et molle de Tartempion ou se faire broyer les phalanges par Mister Lambda qui fait le tour de tout l’étage le matin, les 5 doigts projetés vers l’avant, comme s’il avait quelque chose à vendre. Bon allez, il faut bien s’intégrer…

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Demandeur d’emploi Jour J + 141

Il existe plusieurs façons de paraître et d’être dans les premiers jours de présence sur son nouveau lieu de travail : la pire et la moins pire. Ne pas être paranoïaque, ne pas imaginer que l’on vous ausculte à la loupe, que l’on vous juge et que l’on vous épie sont des défis difficile à relever.

On peut avoir l’impression que les gens décrochent leur téléphone autour de soi pour dire : « tu n’as pas vu le nouveau : je te raconte. » Et ils disent quoi ? J’admire ceux qui parviennent à se détacher tranquillement de leurs inhibitions, ceux qui fraternisent immédiatement avec les autres et ceux qui se fondent sereinement dans les lieux comme s’ils y étaient depuis 5 ans.

Ceux qui vous disent : « Attends, j’ai un mois d’ancienneté maintenant, je tutoie Monsieur Mathurin et je claque la bise à Madame Clériot : je me sens chez moi ici. » Hum… Mon admiration est toute relative dans les faits car prendre certaines distances peut s’avérer salutaire au démarrage ; on évite ainsi les familiarités trop hâtives et on s’épargne la transgression brutale de certains codes dont on n’avait pas connaissance par manque d’observation.

La difficulté consiste donc à régler habilement le curseur entre retenue et implication, entre confiance en soi et vigilance constante. Vaste chantier qu’il faut rapidement solutionner car les apparences des premiers jours ont la méchante habitude de perdurer ad vitam eternam dans l’esprit de ceux qui vous ont jaugé dès le début. L’étiquette « nonchalant », « désorganisé », « pas ponctuel » ou « lent » pourrait avoir du mal à se décoller, et, très curieusement, les réputations positives s’installent beaucoup plus laborieusement…

Me concernant, je serais assez satisfait de me débarrasser de mon air coincé…ou plutôt de mon nerf coincé, celui qui me donne à la fois un sourire artificiel et ahuri. Vivement mon premier mois d’ancienneté !

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Auteur:

Stéph.

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