Archives pour la catégorie Non classé



Demandeur d’emploi Jour J + 1

Rentrée des classes pour mes enfants. Je croise des papas pressés de refourguer leurs petits aux maîtresses car ils ont un emploi du temps chargé en cette rentrée. Moi ? Je suis cooooool. Je regarde cette agitation avec indifférence et … envie aussi, mais secrètement. Je prends tout mon temps, j’en rajoute, je blague avec la Directrice, je regarde les listes d’élèves, je salue les mamans que je n’ai pas pas vues depuis juin dernier.

Si bien qu’à un certain moment, je me retrouve assez seul et le personnel de l’école est quasiment obligé de m’éconduire gentiment. Dur retour à la réalité lorsque je dois indiquer la profession du père sur les fiches administratives. Mais quel intérêt pour eux ? Vous êtes de la Police ? Que je sois magistrat, boucher ou ex membre de Village People, quel traitement statistique allez vous réserver à ces données ? Mes enfants sont inscrits avec leur assurance scolaire, point.

Pas d’alternative. J’écris « demandeur d’emploi » en ayant l’impression de raconter l’histoire de quelqu’un d’autre. Que vont-ils pouvoir penser de ce papa qui n’a pas de travail ? Vont-ils m’ignorer, compatir ou prendre un air gêné lorsqu’ils vont me croiser ? Ne soyez pas inquiets : je ne suis pas contagieux et nous sommes des millions comme moi ! Nous, les sans emploi, on nous reconnaît facilement car nous faisons la une des éditoriaux économiques tous les mois dès que les chiffres officiels « sont tombés », ce mot est tellement approprié.

Après, le Ministre de l’Économie prend son air grave qu’il a répété en media training avec ses conseillers en communication pour dire que la conjoncture est difficile mais qu’il guette l’embellie. Ou la rechute (cf « sont tombés ») ?

Demandeur d’emploi Jour J

Et voilà. Je ne me lève pas à 7 heures, je ne prends pas mon véhicule, j’ouvre les yeux et je ne rêve pas. Je ne crains pas d’être en retard, ni en avance, je ne crains rien d’ailleurs et je n’ai aucune forme de sensation, comme un anesthésié général. Du coup, je remue mon coude de telle sorte à voir si la nuit ne m’a pas momifié. Ça va. L’objectif de ma journée, outre celui de parvenir à me mettre en position debout, consiste à m’inscrire sur le site du Pôle Emploi, qui, « dit-on », est très bien fait. J’ai un ou deux mots à dire à ce « dit-on » !

Je m’y attèle consciencieusement et c’est le cauchemar. Effectivement, il est bien fait, surtout pour les ingénieurs en informatique et pour ceux qui connaissent leur identifiant et leur mot de passe qui furent naguère attribués par les Assedic. Vous pensez bien que j’ai brûlé toutes ces références lorsque j’avais retrouvé un emploi, afin de conjurer le sort !

Donc, je me retrouve à naviguer entre les aides stériles sur informatique, les hot lines qui ne répondent pas et la recherche de ces foutus codes. Rater son premier jour de chômage, c’est comme rater sa première journée de travail, c’est insupportable ! Je dois réussir. Finalement, après une bonne heure et demie de tergiversations et de nervosité, je parviens à joindre une bonne âme surtaxée au bout du fil qui me donne les bons codes ainsi que la promesse d’un premier rendez-vous au Pôle Emploi. Ahh !

Là, je sens vraiment que je rentre dans le vif du sujet et que je vais bel et bien faire partie de la grande famille des sans emplois : j’y suis ! J’y reste ?

Demandeur d’emploi Jour J – 1

Je n’y suis pas encore. Je ne peux pas me prévaloir d’être un des membres du premier employeur de France, le Pôle Emploi, qui recrute en permanence et qui se montre très actif sur le marché du « non » travail. Cela dit, demain, j’y serai. Aujourd’hui, je vais accomplir ce qui m’apparaît à la fois comme un soulagement, et une douleur aussi, à savoir chercher mon solde de tout compte. Après une lente agonie, cette histoire prend fin.

Toutes les expériences professionnelles sont avant tous des aventures humaines car on ne passe pas ne fut-ce que 35 heures par semaine avec les mêmes personnes, isolé comme un Robinson. Toutes ces expériences se concluent immanquablement par une issue comptable, histoire de nous rappeler que la contrepartie de notre présence, c’est de l’argent.

Doctement, professionnellement, le préposé à cette tâche me gratifie d’explications sur chaque ligne de mon ultime fiche de paye : et on vous retire ça, et on vous ajoute ça -plus rarement- et on vous déduit ça aussi, c’est le cadre légal. « C’est tout ? » me dis-je en mon for intérieur. Toutes ces journées finies à 20.00, tous ces excès outranciers de ma hiérarchie que j’ai du subir avec flegme et courtoisie, toutes ces épreuves et mises à l’épreuve. Pour ça ?

Le coup de pied au derrière est-il en option ou bien il est offert par la maison ? La logique comptable est implacable et c’est bien pour cela qu’elle clôt le chapitre ; tout est carré, sous excel, recalculé, dans des formules, pas de place pour la moindre trace d’humanité chez ce représentant des ressources humaines… Oh certes, il me dit que j’ai deux mois pour contester le montant mais bon, croit-il réellement que je vais examiner chaque interligne afin de trouver l’erreur ?

Je pars avec le sourire médusé de celui qui sait ce qui lui arrive mais ne s’en rend que partiellement compte. Je ne me retourne pas. Demain, je serai chômeur.

Bonjour !

Vous qui avez un travail…et qui comptez bien le conserver, je vous donne l’opportunité de vous glisser dans la peau d’un demandeur d’emploi. Alors, bonne lecture et surtout, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires…

Stéphane

1...1213141516

Auteur:

Stéph.

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

agressions |
societeettaamir |
Les Parents d'élèves de Jan... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | OKL-GOLP'S CENTER
| Interdit bancaire? Enfin le...
| homosexualiteethomoparentalite