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Demandeur d’emploi Jour J + 140

Il existe une rengaine que l’on entend dans chaque entreprise et que l’on ne tarde guère à découvrir lorsque l’on parle avec ses nouveaux collègues. Cette chanson s’appelle : « C’était mieux avant. » Douce France, terre de râleurs, de contestataires, d’idéalistes éclairés et de révolutionnaires, ma chère patrie, je te reconnais bien là.

C’est incroyable la vitesse à laquelle des personnes très diverses peuvent vider leur sac en se confiant au nouveau venu. Et là, tout y passe : primes, ambiance, patrons, repas de fin d’année, tout était : « mieux avant ». On vous relate avec une nostalgie émue « les belles années », période où les gens étaient « humains ».

On vous décrit les « pots » du vendredi au champagne quelque soit le motif, les 14èmes mois, les séminaires au Club Med d’Ibiza alors que désormais on va au Mister Bed de Vesoul. On vous raconte à quel point c’était naguère plus agréable de se rendre à son travail et l’on vous fait ressentir à quel point les anciens regrettent ce divin temps.

Et on vous fait surtout comprendre à quel point vous n’êtes pas sur la photo souvenir et que « vous ne pouvez pas vous imaginer » ce que c’était. À chaque fois que j’ai intégré une nouvelle entreprise, on m’a toujours dit que c’était « mieux avant ». Mais, je ne me préoccupe pas de cela : je regarde vers l’avenir.

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Demandeur d’emploi Jour J + 139

Lorsque l’on arrive dans une entreprise, on ne sait pas clairement comment s’adresser aux autres. On se vouvoie, on se tutoie ? Bien souvent, au départ, on se voutoie et on se tuvoie. J’avoue j’en ai bavé pas vous ?

Plus décalé : l’emploi de la troisième personne du singulier. « Et il s’appelle comment le petit Monsieur ? Et il va être dans quel bureau ? » Ce à quoi je réponds « qu’il sera dans le bureau qu’on lui a attribué. » On avance lentement, non ?

Ma technique, c’est de proposer le tutoiement dès la première semaine. Sinon, on s’embarque pour des années de formules de politesse alambiquées à la base de « je vous en prie » et « je vous remercie » alors que l’on a le même âge et qu’en plus, on tutoie la majorité des autres.

Ne pas laisser s’installer le vouvoiement doit se faire de manière fulgurante ou ne pas se faire. Par surprise, à la hussarde, virilement, hop : « tu ». C’est le premier « tu » qui est rude. Le « vous » est fatal mais le « tu » tue, en danseuse. Vous voyez ?

Mais si le premier « tu » ne tue pas alors que vouvoyer, je vous vois venir, vous voue à de sacrées tu-rpi-tu-des. Il voit ce que je veux dire ?

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Demandeur d’emploi Jour J + 138

Certains sont du matin. Certains se réveillent comme des boutons de rose impatients de se déployer dans la brise lutine d’une matinée lumineuse. Hélas, je ne suis pas « du matin » et chaque fois que je peux péniblement lire 7.00 sur ma montre, je suis accablé.

Pire. La perspective, chaque soir, de programmer mon réveil pour 7.00 constitue à chaque fois une forme de trahison vis à vis de mon horloge biologique. Oh, je sais, vous serez nombreux à me dire que vous vous réveillez tous les jours à 6.00… Compassion sincère.

D’autres me diront : « Couche-toi plus tôt ! » Bon, ça m’a suffisamment pesé de m’entendre dire « Va te coucher » à 20.30 lorsque j’étais enfant pour pouvoir enfin en tant qu’adulte m’octroyer le droit de mettre au lit à l’heure que je veux. Non mais !

Il s’avère que peu d’entreprises, sauf erreur, acceptent que l’on commence à midi et celle qui m’a recruté n’échappe pas à la norme. De ce fait, mon tempo matinal de demandeur d’emploi a du mal à s’adapter à ces nouvelles contraintes horaires. Je baille à m’en décrocher la mâchoire.

Mes cernes semblent avoir emprunté à la couleur de la nuit son encre noire : elles forment autour de mes yeux une sorte de masque. Si cela continue, je vais ressembler à Zorro ! Mais lui, Zorro, il est arrivé « sans se presser hé hé » alors que là, il est déjà 7.30 et je suis presque déjà en retard…

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Demandeur d’emploi Jour J + 137

« Je doute donc je suis ». Cela pourrait constituer le thème philosophique néo-cartésien de la semaine. Toute cette recherche d’emploi, source d’espoirs et d’attentes accumulées et contrastées, pour aboutir à ce CDI alors que tant d’autres pistes me semblaient tellement plus proches de mes objectifs personnels et professionnels.

L’ombre ou la proie. Ma proie me semble bien obscure pour le coup. Ai-je fait le bon choix ? Et tous ces processus de recrutement si alléchants dont je suis obligé de décliner les convocations ? Et tous ces aimables chasseurs de têtes qui m’avaient si chaudement recommandé auprès de leurs clients que je suis obligé d’éconduire ? « Obligé » : au fait, rien ne m’y oblige…

Ça y est, je suis casé, moi qui l’ai si ardemment voulu ! Recruteurs : ne cherchez plus à me tenter ou à me séduire car je suis d’un tempérament fidèle. Je fais fi de vos oeillades qui m’ont si obstinément ignoré lorsque j’étais disponible. Peut-on réellement parvenir à rester en veille active sur le marché de l’emploi tout en s’impliquant loyalement dans son nouveau travail ?

Interrogation écrite : à vos stylos. Comment combiner éthique et pratique ? Comment acquérir suffisamment d’élasticité intellectuelle pour sécuriser sa période d’essai – par nature fragile - en se montrant zélé dans sa nouvelle mission…et en même temps se rendre le soir, en catimini, à des rendez-vous d’embauche ? C’est le grand écart dans la tête, grand pourvoyeur de migraines, je peux vous l’affirmer…

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Demandeur d’emploi Jour J + 136

Tout ce tralala administratif avec le Pôle Emploi qui se termine par une sorte de fin de non-recevoir. Ma situation d’inactif en recherche d’emploi ayant évolué vers une situation d’actif en non-recherche d’emploi, j’ai écrit à mon Conseiller Pôle Emploi afin qu’il m’explique les démarches me permettant de mettre à jour ma situation.

En écrivant à mon Conseiller, j’y ai mis les formes et beaucoup de lyrisme dans mon style. Trouver un travail après plusieurs mois de recherche ne constitue-t-il pas un événement tout sauf anodin ? Eh ho ! Je sors des stats les gars, un peu d’enthousiasme tout de même !

Le retour de message de ce Conseiller fut aussi terne qu’un avis de décès reçu un jour de pluie, aussi laconique que bref, aussi inspiré qu’une eau de boudin. Son e-mail précisait que je devais uniquement me contenter de décocher une case dans mon profil sur poleemploi.fr. Et c’est tout.

Pas une note d’encouragement personnalisé suite à la signature de mon CDI, pas le début du commencement de la moindre question sur ce que je vais faire comme travail. Mon élégant statut de « fraction statistique lambda de chômeur » a généré une réponse robotisée : tout cela est tellement concordant. Mais tellement triste…

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Demandeur d’emploi Jour J + 135

Stop ! Ça va trop vite ! Je n’ai plus de temps pour moi ! Je n’ai pas pu faire tout ce que j’avais repoussé aux calendes grecques parce que je pensais avoir un délai pour tout cela. Et cette ampoule qui pendouille dont je m’étais juré qu’elle serait remplacée par un lustre convenable… Et ce contrôle technique que j’imaginais avoir tout loisir d’effectuer en pleine semaine !

Et cette forme d’insouciance que l’on acquiert lorsque l’on n’a de comptes à rendre qu’à soi-même et pas à un supérieur hiérarchique qui braque ses phares sur vous pendant votre période d’essai : elle semble déjà si lointaine. Le choc est brutal.

Je ne peux me prononcer sur l’exercice le plus difficile parmi les deux suivants : s’acclimater aux langueurs de la recherche d’emploi après avoir été actif ou reprendre un rythme de travail soutenu correspondant à des exigences de productivité immédiate. Je pense que je verrai rapidement… Et je pourrai comparer.

Ce qui est certain, c’est que le corps et l’esprit ne sortent indemnes d’aucune de ces deux situations. Alors, cela se traduit par des rêves étranges, des maux de tête ou des douleurs non identifiées dans des zones inconnues de l’estomac. On peut même avoir cette impression chaque jour d’avoir une crise d’appendicite aigue. SOS Péritonite, allo…

Ah, j’oubliais : les insomnies. Difficile, en effet, de trouver le sommeil. Ah, quand je parviens à m’endormir, je rêve de vacances…

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Demandeur d’emploi Jour J + 134

Retour au boulot : Jour J

Leçon n°1 : prendre ses repères. Leçon n°2 : savoir qui est qui et comment il s’appelle. Leçon n°3 : reconnaître la personne à qui l’on a été présenté seulement 10 minutes après la rencontre et se mettre au défi de citer son nom, ses responsabilités exactes et sa place dans l’organigramme.

Leçon n°4 : … La leçon n°3 a déjà occulté la leçon n°2 et ainsi de suite. La journée passe et je me sens comme un électron bombardé de neutrons afin de savoir comment il réagit. Alors, je prends mon air intelligent, enfin c’est que je crois, mais je n’y comprends rien.

Je me demande à quel point fouler la terre sur Vénus ne constituerait pas pour moi une expérience plus aisée à vivre qu’une première journée dans une entreprise. Je présume que, sur une autre planète, on doit au minimum être en apesanteur alors que là, je me sens lourd, pas à ma place, observé comme un étranger, comme un passager clandestin.

Et que dire de tous ces inconnus qui gravitent autour de moi avec leur démarche assurée, leur buste droit et leurs certitudes conquérantes chevillées au corps ; bon, peut-être que dans un an, on se tapera sur l’épaule comme si on avait été à la Maternelle ensemble. Un an, c’est bien connu, ce sont toujours les 12 premiers mois qui paraissent les plus longs…

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Demandeur d’emploi Jour J + 133

Retour au boulot : J – 1

Je regarde ma fille qui dort. Il est 15.00 et sa sieste est déjà bien entamée. Elle devrait se réveiller d’un moment à l’autre. C’est pour cela que je profite de chacune de ses délicieuses respirations, que j’admire ses petites grimaces et que je prends le temps de regarder avec émerveillement les soubresauts de sa cage thoracique qui se soulève avec grâce et innocence.

C’est la dernière fois que j’assiste à cette scène en semaine, car dès demain, je serai dans un bureau entouré de gens dont les considérations et les attentes seront bien éloignées du ravissant spectacle de ma belle au bois dormant. Comme j’ai adoré te dévorer des yeux, ma fillette, pendant tes siestes, durant tous ces mois où j’ai pourtant cherché à te fuir via le démarrage d’un nouveau travail.

Et comme je suis triste par avance de ne plus être l’observateur privilégié des tes sommeils insouciants, de tes réveils à la fois inquiets et émerveillés, de ce cri qui déchire l’après-midi qui dit « papa », m’appelant à te délivrer de ton lit à barreaux.

Je laisse à d’autres le bonheur d’être ébloui par tes sourires, je laisse à d’autres le soin de consoler tes chagrins et d’apaiser tes tourments. Je file tout droit vers le monde des adultes et j’essaierai, je te le promets, tous les après-midis, de synchroniser les battements de mon coeur sur les tiens.

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Demandeur d’emploi Jour J + 132

Retour au boulot : J – 2

Que ceux qui n’ont jamais expérimenté la peur se désignent ! Personne ? Disons que la peur que j’éprouve est très liée à mon âge et à mon expérience. Oh certes, cette peur est nuancée et contrôlée – je ne tremble pas de tous mes membres – et elle s’articule autour de plusieurs axes.

1er axe : à 40 ans, après 15 années d’expérience professionnelle, on n’affronte pas une reprise d’emploi succédant à une période de recherche significative comme on aurait pu le faire 10 années plus tôt. Dans mon cas précis, je me demande comment je vais me réadapter, comment je vais transférer ce que je sais dans de nouvelles problématiques et comment je vais parvenir à convaincre ceux qui m’on choisi…qu’ils ont fait le bon choix.

Il y a dans toute cette inquiétude diffuse un rapport ambigu à mon ego, à mon orgueil et à ma dignité : j’ai envie de réussir, j’ai envie de prouver, j’ai envie de les épater, de ne pas décevoir et d’être à la hauteur. Or, je vais être examiné comme un bachelier…plus de 20 ans après avoir passé le Bac : ça n’est pas si simple !

2ème axe : la bascule dans l’inconnu, le saut en parachute les yeux bandés : vous aimez ? Moi, pas immodérément. D’un point de vue strictement général, je n’aime pas ce qui se termine et je n’aime pas ce qui commence or là, je suis doublement servi : fin de la recherche d’emploi et début de ma nouvelle aventure professionnelle.

Je voudrais enfin décrire un 3ème axe, plus personnel…

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Demandeur d’emploi Jour J + 131

Retour au boulot : J – 3

Ça s’accélère. On me demande des copies de mon permis de conduire, de mes ayants droit à la Sécurité Sociale, de ma carte d’identité. Et puis quoi encore ? Une inconnue qui se présente comme une secrétaire administrative m’appelle : on connaît mon numéro, je suis localisé ! Elle me réclame des informations sur ma date de naissance et sur mon lieu de naissance. Et faut-il que je précise si je portais un body bleu ou blanc à la maternité ?

Autre coup de téléphone : mon futur n + 1. Il m’appelle pour me décrire le contenu des premiers jours de mon nouveau travail : réunions, tournées terrain, rendez-vous en clientèle et tests produits. J’ai le sentiment étrange qu’il évoque l’emploi du temps de quelqu’un d’autre…

J’ai perdu l’habitude d’avoir ce type de repères et la notion de subordination à ce type de contraintes, horaires ou autres, est une sensation qui m’est devenue totalement étrangère. Mais comment fait-on ? Panique. Et comment faisais-je par le passé ? Pourquoi tout ce qui me paraissait si naturel il y a seulement 6 mois me semble complètement abstrait ?

Pourquoi ai-je l’appréhension de ne pas parvenir à être à la hauteur ? Sans doute parce que je vais quitter un environnement que je maîtrise parfaitement aujourd’hui et pour lequel j’ai brillamment passé la période d’essai : la recherche d’emploi.

Au secours la vie (s’)active !

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Auteur:

Stéph.

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